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Être auteur et dyslexique

L’année dernière, j’ai eu la confirmation que j’étais dyslexique.

J’ai connu une scolarisation très difficile pendant laquelle je suis beaucoup passé pour un fainéant et un trouble-fête.
Après avoir obtenu mon brevet (par miracle), j’ai été récompensé par l’achat d’un PC et depuis, j’écris uniquement via un ordinateur. J’ai commencé réellement à rédiger des petits textes avec lui. Celui-ci m’a permis d’avoir une écriture lisible et en plus, il avait la gentillesse de me prévenir lorsque je faisais des fautes.

Et oui, il y a encore un an environ, je n’écrivais pratiquement rien à la main (sauf en majuscules) en raison de ma honte et d’un manque confiance vis à vis de mon écriture. En me rencontrant, Alison, ma compagne, a vite compris que j’avais un soucis sur ce point. J’en avais bien conscience moi aussi, mais à vrai dire, je me disais que je ne pouvais plus trop y faire grand chose. Mais Alison m’a beaucoup aidé en me relisant et en tentant de me faire comprendre mes erreurs. Sans son aide et sa confiance, je n’aurais jamais publié Real TV, Manège et Notre Cabane.

Mais à 35 ans, j’ai pris la décision d’être suivi par une orthophoniste qui a confirmé les doutes de ma compagne. Ce que je voulais surtout, c’était être capable d’écrire lisiblement à la main, sans fautes, notamment pour rédiger des dédicaces lisibles et sympathiques à mes lecteurs.

Petit retour en arrière…

Mes années collège (5 en comptant une cinquième que j’ai voulu moi-même redoubler tellement je ne me sentais pas à l’aise) furent un éternel recommencement. Motivé en début d’année, j’obtenais rapidement de mauvaises notes, associées à des réflexions désagréables. Que ce soit des profs ou des autres élèves. J’ai vite considéré qu’on me classait dans les élèves pour qui on ne pouvait plus rien. Alors, j’ai tenu mon rôle de mauvais élève qui collectionne les avertissements et les heures de colle. Je n’étais vraiment pas un cadeau pour les profs, j’en suis bien conscient. Je pouvais ruiner un cours à moi tout seul. Une fois hors de l’école, j’étais pleinement plongé dans mes passions pour les jeux vidéo, le cinéma et la télévision. J’aimais regarder, jouer mais surtout imaginer mes propres histoires en les gardant dans ma tête.

Un soir, en regardant un épisode de Notre Belle Famille (S04 E17 Back to school), je découvre que le personnage de JT, très mauvais à l’école et fainéant notoire, est en fait dyslexique. La série explique assez bien ce « dysfonctionnement ». Je comprends ainsi que l’on peut tout de même vivre et évoluer avec ce « problème » mais aussi que celui-ci demande de la patience, du soutien et encore plus de travail. Je me reconnais beaucoup dans cet épisode et je me dis, mais c’est ça, je suis dyslexique. Alors, j’en parle à ma mère qui peine à me croire mais en discute avec mon médecin et ma prof principale…
Mais on lui rit au nez et on me propose d’aller dans un lycée professionnel après la troisième.  Super hein ? Pourtant, lorsqu’on regarde le tableau des signes de dyslexie,  j’en collectionne un sacré nombre à l’époque. Par exemple, je passe mon temps à dire que je ne vois rien lorsque les profs écrivent sur les tableaux blancs, mais à la médecine scolaire et chez l’ophtalmo, j’ai 10/10, alors on ne me croit pas. Je ne suis pas très mature (c’est pour cela que je demande à redoubler ma 5ème, je m’entends mieux avec les 6ème).  Sur mon bulletin scolaire, quand il n’est pas précisé que je ne fais rien, il est écrit que je suis un rêveur, que j’ai la tête en l’air. Encore des signes de dyslexie.

Bien entendu, dans les années 90, ce n’était pas un soucis facilement décelable et un enfant n’était pas aussi souvent pris en charge par un orthophoniste. De ce fait, je ne blâme personne à vrai dire, parce que j’ai l’impression de plutôt bien m’en sortir. Mais je sais aussi que d’autres personnes ayant connu les mêmes soucis, n’ont jamais osé écrire, ni faire part de leur problème. Rendez vous compte ? Qui aurait cru qu’un jour j’écrive des romans ? Ma mère, mes copains, mes profs ? Personne !

Car à l’époque,  je prends sur moi et je fais de mon mieux pour finir le collège et aller dans un lycée général (juste à côté de chez moi, sur le même chemin du vidéo-club et de la bibliothèque). J’ai des rêves plein la tête et franchement à ce moment-là, rien ne peut faire barrage à mes envies de travailler dans le jeu vidéo ou même de devenir réalisateur à Hollywood. Je ne lâche rien. Même si souvent, je me sens bête.

Avoir un ordinateur me libère, j’écris des histoires rien que pour moi, proches de films hollywoodiens et je recommence à lire, beaucoup. Je sais que mes textes sont remplis de fautes, que ma conjugaison est catastrophique, mais au moins, j’écris quelque chose de lisible et mes idées prennent forme. Conscient de tout cela, je ne me dis jamais que je vais écrire des romans ou de longs exposés sur le traitement d’un jeu vidéo ou de son histoire (ce qu’est supposé faire un créateur de jeux vidéo). Mais je me décide à écrire des scénarios : moins de texte, peu de conjugaison. Alors, j’apprends à en écrire en lisant un roman de Stephen King L’année du loup garou, qui parait en version roman suivie du scénario du film (Peur bleue).

« Tu mens monsieur ! »

Si j’explique ça aujourd’hui, c’est simplement pour vous dire que mon témoignage peut servir. Je m’en suis rendu compte en échangeant avec des enfants ou adolescents lors de dédicaces ou de rencontres. L’une des premières réactions est souvent de ne pas me croire ! Comment peut-on écrire des romans en ayant eu autant de soucis à l’école.

Voilà pourquoi je propose de faire des interventions dans les établissements scolaires. Je pense qu’il est important que les jeunes rencontrent des personnes ayant connu de telles difficultés, je sais qu’il y aura toujours quelques élèves qui se reconnaîtront et retrouveront du courage et de l’envie.
Maintenant, la dyslexie est beaucoup plus vite décelée. Un enfant va plus facilement voir un orthophoniste. Mais ça ne change pas la difficulté de l’être et ce regard particulier que portent certains adultes sur ces enfants. Il ne faut surtout pas les imaginer moins capables qu’un autre, mais il faut leur laisser du temps. J’ai toujours mieux appris par moi-même, en prenant mon temps, en autodidacte. Je ne dis pas là que personne ne m’a jamais rien appris, bien au contraire, mais je n’ai pas forcément acquis immédiatement les choses, il m’a toujours fallu un temps pour analyser, comprendre et faire.  Cela peut être un soucis, surtout à l’école ou dans le travail, si un résultat est attendu immédiatement.  Et à mon avis, les dyslexiques doivent souvent faire face à cela devant les échéances scolaires.

En quoi se traduit la dyslexie dans ma vie quotidienne :

Je dois beaucoup relire, et même en le faisant, je laisse des erreurs, alors je me relis encore, et encore, et encore.
J’invente des fautes et lorsque j’arrive à ne plus faire les faire, j’en crée d’autres.
J’ai toujours des doutes sur certains mots et certaines formulations.
A l’oral et à l’écrit, je perds des mots… ça ne veut pas sortir. Alors, à l’écrit, je laisse un trou et j’y reviens, mais à l’oral, j’ai l’air bête… (exemple concret : dans cet article, je n’ai jamais réussi à écrire le mot « ophtalmo », il a fallut qu’Alison relise pour me le dire. Non, ça ne voulait pas sortir. Je l’avais juste sur le bout de la langue).
Mais ce qui est surprenant, c’est que lorsque je me retrouve devant une assemblée à mon écoute, je n’ai pas ce problème !!!

En utilisant mon ordinateur, en continuant à vouloir réussir à écrire, j’ai moi-même développé mes techniques pour lutter contre ma dyslexie. Je prends mon temps pour écrire, je pratique énormément de relecture (parfois jusqu’à 50 fois). Parfois je me dis que je ne suis pas un bon auteur, mais il y a régulièrement un retour de lecteur qui arrive pour me redonner de la confiance. C’est très important d’avoir confiance en soi.

Mon apprentissage autodidacte de l’écriture fait que mes livres sont faciles à lire : chapitres courts, écriture aérée et livre d’une longueur moyenne. J’ai appris à utiliser mes défauts et c’est sans doute aussi pour cela que j’arrive à écrire facilement des histoires du point de vue d’un enfant. J’ai gardé ça dans ma tête, la façon de penser, de dire.

Bref, j’ai beaucoup hésité avant d’écrire cela, mais je publie ce petit texte pour au moins donner confiance à d’autres personnes, il faut se lancer ! Et puis, c’est aussi un hommage à Alison et mes enfants, qui me soutiennent jour après jour et cela est ultra important  😉

J’en profite pour dire un grand merci à mes lecteurs et toutes les personnes qui me soutiennent. A bientôt pour la suite des mes aventures livresques 😉

Merci à Sébastien pour la photo collector 😉
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